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Le.blog.catholique.de.Véronique (Blog personnel)

Le grand jour de l'Ascension - Sainte Anne-Catherine Emmerich

25 Mai 2017, 17:14pm

Publié par Véronique

A l'aube du jour, ils récitèrent les matines sous la lampe, mais avec plus de solennité qu'à l'ordinaire. Le Seigneur donna encore une fois à Pierre autorité sur les autres, le revêtit de nouveau du manteau, et répéta ce qu'il leur avait dit, lors de son apparition au bord du lac de Tibériade et sur la montagne. Il les enseigna aussi sur le baptême et sur la bénédiction de l'eau. Dix-sept des disciples les plus intimes assistèrent à cette instruction, debout derrière la Sainte Vierge. Avant de quitter la maison, le Seigneur leur présenta sa mère comme devant être le centre des fidèles, et intercéder pour eux ; alors Pierre et les autres s'inclinèrent devant elle, et elle les bénit. Au même instant, je vis la Mère de Dieu assise sur un trône, revêtue d'un large manteau bleu de ciel, une couronne sur la tête : c'était un symbole de sa dignité. Dans les grandes circonstances, par exemple avant le baptême du jour de la Pentecôte et du lendemain, j'ai vu les apôtres recevoir ainsi la bénédiction de la très Sainte Vierge.

Le matin au point du jour, Jésus quitta le cénacle avec les apôtres. Marie marchait derrière eux, et les disciples les suivaient à peu de distance. Ils passèrent par les rues de Jérusalem ; elles étaient silencieuses, et tout le monde était plongé dans un profond sommeil. Le Seigneur devenait de plus en plus grand prompt dans ses discours et ses actes. La veille au soir, la compassion avait dominé dans ses entretiens. Il prit le même chemin que le dimanche des Rameaux, et je sentis qu'il visitait avec eux tous les lieux mémorables de sa vie pour leur y faire connaître, par ses indications, l'accomplissement parfait de la promesse. Ils parcoururent ainsi toute la voie douloureuse, et le Seigneur s'arrêta quelques instants à chaque endroit témoin de ses souffrances, leur expliquant la signification symbolique de ces lieux, en leur montrant l'accomplissement des prédications des prophètes.  Aux passages que les Juifs avaient obstrués, les disciples qui suivaient prirent les devants sur un ordre, et enlevèrent les obstacles : ce fut bientôt fait. A son passage, ils s'inclinèrent, puis ils se remirent en marche derrière lui.


Ils franchirent la porte qui conduisait au Calvaire ; là ils se détournèrent du chemin et se dirigèrent vers une belle pelouse ombragée d'arbres touffus, où on allait souvent prier. Jésus s'y assit avec eux, les enseigna et les consola. Il faisait déjà grand jour, et leurs coeurs étaient un peu allégés : ils espéraient le garder quelque temps encore. Jésus reprit alors le chamin du Calvaire et du saint sépulcre, sans aller toutefois jusqu'à ces lieux, car il longea la ville et se dirigea vers la montagne des Oliviers. Divers groupes vinrent le rejoindre là ; d'autres, en grand nombre, s'approchaient d'un autre côté, à travers la campagne.

Au pied du mont, le Seigneur se reposa de nouveau dans un jardin semblable au premier, mais plus spacieux. Plusieurs des saintes femmes l'y rejoingnirent. Le site était très agréable et très frais : j'y remarquai un beau gazon très haut, et je m'étonnai beaucoup de ce qu'il n'était foulé nulle part.

Tous les sentiers que le Seigneur avait suivis me rappellent les nombreux sentiers que j'aperçois à côté de la route qui conduit directement à la Jérusalem Céleste, et par lesquels la grâce divinie nous fait passer pour que nous puissions plus longtemps donner au prochain des marques de notre charité. Il me sembla aussi que le Seigneur ne suivit ces sentiers qu'afin de pouvoir plus longtemps préparer ses disciples et leur montrer tout l'amour qu'il avait pour eux. Il parlait longuement avec eux, comme quelqu'un qui a uni sa tâche et qui va se séparer des siens. Ils se doutaient bien que l'heure de la séparation approchait ; toutefois ils ne croyaient pas qu'elle dût arriver si tôt.

Le soleil s'élevait déjà ; tout était sur pied à Jérusalem ; partout ou s'entretenait de la foule réunie autour de la montagne des Oliviers. Une multitude de personnes sortirent de la ville et se dirigèrent de ce côté ; les sentiers étaient couverts, et on voyait dans le lointain une affluence considérable.

Le Seigneur se dirigea vers Getsémani ; mais, au lieu de passer par l'endroit où l'on s'était saisi de lui, il gravit la montagne en longeant le jardin des Oliviers. La foule y montait de toute part par les divers sentiers ; plusieurs se frayaient un passage à travers les buissons, les haies et les clôtures des jardins.

Cependant le Seigneur devenait de plus en plus lumineux ; il marchait si rapidement que les disciples ne pouvaient le suivre. Parvenu au sommet de la montagne, il fut tout environné de lumière, et je vis autour de lui un cercle composé de toutes les personnes qui étaient sorties de Jérusalem pour aller à sa rencontre au jour des Rameaux. Il parut resplendissant de blancheur comme la lumière du soleil, et du ciel descendit sur lui une vaste auréole où brillaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Ceux qui se précipitaient en avant s'arrêtèrent éblouis, formant un large cercle autour de lui. Le Seigneur brillait d'un éclat plus grand encore que l'auréole qui l'enveloppait. Il pose la main gauche sur sa poitrine et, se tournant de tous les côtés, il bénit le monde entier avec la main droite. La foule resta immobile, mais je vis que tous furent bénis. Je fus transportée de joie en le voyant bénir ainsi toute la terre.

Alors la lumière qui était descendue du ciel se confondit avec son propre éclat, et je vis sa forme visible, en s'élevant, s'évanouir à partir de la tête dans cette splendeur céleste(1). On eût dit un soleil entrant dans un autre soleil, une flamme se mêlant avec une masse de lumière, une étincelle volant dans une flamme ; c'était comme lorsqu'on regarde le soleil en plein midi. Cependant cette lumière était plus blanche, plus diaphane ; le jour paraissait obscur en comparaison. Sa tête n'était plus visible, mais je voyais encore ses pieds répandre un éclat de lumière, jusqu'à ce qu'enfin il disparût tout entier dans la splendeur céleste. Je vis de tous côtés des âmes innombrables pénétrer dans cette lumière et s'élever au ciel avec le Seigneur.

Avec la nuée lumineuse, il tomba sur tous les assistants comme une rosée de lumière dont l'éclat si éblouissant, qu'ils en furent saisis de frayeur (2). Les apôtres et les disciples les plus rapprochés furent complètement éblouis : tous baissèrent les yeux et se jetèrent la face contre terre. La Sainte Vierge, qui se tenait tout près d'eux, regardait tranquillement devant elle (3).

Au bout de quelques instants, la lumière s'affaiblit. Alors tous les assistants, agités par les émotions les plus diverses, mais gardant un profond silence, levèrent les yeux vers la nuée lumineuse, qui resta encore quelque temps visible, et je vis descendre de cette nuée deux figures, d'abord petites sous la forme d'hommes vêtus de blanc, et tenant des bâtons à la main comme les prophètes. Ils parlèrent à la foule ; leur voix entendit comme le son de la trompette, et il me sembla qu'on devant l'entendre de Jérusalem. Se tenant complètement immobiles, ils dirent : " Hommes de Galilée, pourquoi vous tenez-vous là, regardant le ciel ? Ce Jésus, qui du milieu de vous a été enlevé au ciel, viendra (de la même manière que vousl'avez vu y monter." Après ces paroles ils disparurent, mais la nuée lumineuse demeura visible quelque temps encore, jusqu'à ce qu'enfin elle s'évanouît comme le jour se perd dans la nuit.

Les disciples étaient tout à fait hors d'eux-mêmes ; ils savaient maintenant que le Seigneur les avait quittés pour retourner à son Père céleste. Plusieurs tombèrent par terre accablés de douleur et de désespoir. Aussitôt que la nuée lumineuse eut disparu, différents groupes se formèrent, et les femmes elles mêmes se rapprochèrent. Ils restèrent longtemps là, les yeux levés au ciel, cherchant à revenir à eux-mêmes et s'entretenant ensemble. Enfin les disciples retournèrent à Jérusalem, et les saintes femmes les suivirent. Les plus simples pleuraient comme des enfants, les autres étaient plongés dans leurs réflexions. La Sainte Vierge, Pierre et Jean étaient sereins et consolés. Cependant plusieurs restèrent insensibles et incrédules, et s'en allèrent en doutant toujours. L'ascension eut lieu sur la cime de la montagne des Oliviers ; il y avait là une pierre plate sur laquelle Jésus se tenait, lorsque la nuée lumineuse le déroba à leurs yeux. Les vestiges de ses pieds demeurèrent imprimés sur la pierre.

Il était plus de midi lorsque la foule fut entièrement écoulée. Je vis la Sainte Vierge et les disciples se rendre au cénacle. D'abord, sentant toute leur solitude, ils furent inquiets. Je me disais qu'ils avaient tort, puisqu'ils tenaient de Jésus la promesse qu'il serait toujours avec eux. J'aurais donné ma vie pour la garantir. Mais une fois réunis au cénacle, la présence de la Sainte Vierge, la vue de sa sérénité, les consolèrent, et la paix rentra dans leurs âmes. Ils se rappelèrent alors que le Seigneur leur avait dit qu'elle serait pour eux un centre, une mère et une médiatrice.

Les habitants de Jérusalem s'épouvantèrent à l'aspect de cette foule revenant de la montagne des Oliviers. Plusieurs fermèrent leurs portes et leurs boutiques. La peur, qui ces derniers jours les avait tourmentés, était maintenant à son comble.


Visions d'Anne-Catherine Emmerich
Pierre Tequi, éditeur 

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