Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le.blog.catholique.de.Véronique (Blog personnel)

Le mystère du Samedi saint - Père Jean-Claude Sagne

14 Avril 2017, 19:18pm

Publié par Véronique

Voici un extrait d'un des livres écrits par le père Jean-Claude Sagne. Il a été mon accompagnateur spirituel, notamment pendant son passage de ce monde au Père.

J'ai rencontré quelques difficultés pendant la saisie de cet article, les [ devant être changés en {. Je vous prie de m'en excuser.

 

 

"La maternité spirituelle de Marie - Femme, voici ton fils"

Père Jean-Claude Sagne

Editions de l'Emmanuel

 

LE MYSTERE DU SAMEDI SAINT (chapitre VII)

Le mystère du Samedi saint est le temps de la mémoire, le temps de la relecture, le creuset de l'espérance. C'est par l'excellence le déploiement du rôle de Marie en sa maternité spirituelle. Nous commencerons par suggérer ce que Marie a vécu le Samedi saint, en référence à Jésus, puis nous exposerons plus systématiquement notre participation personnelle au mystère du Samedi saint.

 

I. Marie, mémoire de l'Eglise

Après le déchaînement de la violence et des cris contre Jésus de Nazareth, l'homme des douleurs, un grand silence est tombé le soir du Vendredi saint.

 

Un tombeau neuf

Le corps de Jésus a été déposé dans un tombeau neuf où jamais "personne n'avait été mis" (Jn 19, 41). Jésus n'est pas réuni à ses pères. C'est lui qui est déjà l'ancêtre d'une nouvelle lignée, le premier de l'humanité nouvelle promise à la Résurrection. Seul dans le silence du sépulcre, il est le roi qui dort en paix, "le prince des rois de la terre" (Ap 1,5).

 

Une ineffable attente

Après l'ensevelissement de Jésus, il est dit que les saintes femmes "observent le repos" prescrit (Lc 23, 56). Tout c que la Vierge Marie a vécu au long des heures du Samedi saint est sous le signe du repos et du recueillement. Alors que le corps de Jésus repose au sépulcre, son âme trouve son repos dans le Coeur immaculé et douloureux de Marie. Celle-ci a connu au pied de la Croix la nuit la plus profonde de tous les temps (Jean Paul II, op. cit.). Elle avait en effet éprouvé le contrastre dramatique entre les promesses divines entendues à l'Annonciation et le spectacle de l'homme des douleurs exposé sur la Croix. Seule, privée de son Fils unique, Marie a ressenti un abîme de douleur. En même temps, son âme est toute habitée par la paix. Totalement remise à la volonté du Père, elle demeure dans l'adoration.

"Elle a bâti sa demeure

Dans les vouloirs du Père.

Aucune peur, aucun refus

Ne vient troubler l'oeuvre de grâce,

Son coeur est rempli d'ineffable attente.

Elle offre à Dieu le silence

Où la Parole habite."

(PTP, Hymne du 8 septembre : "Voici l'aurore avant le jour" (CFC)

 

Un silence plein d'espérance

Au long des heures du Samedi saint, Marie est la mémoire vivante de l'Eglise. Elle laisse repasser en son coeur tout ce que Jésus a pu dire ou faire pour accomplir les Ecritures. Elle laisse résonner en elle tous les évènements en en cherchant le sens (Lc 2, 19 et 51). Ce qui revient avec insistance au coeur de Marie, ce sont les annonces par Jésus de sa propre mort et de sa résurrection. Adrienne Von Speyr souligne la résonance en Marie le Samedi saint de la promesse de Jésus au Bon larron (Adrienne VON SPEYR, La servante du Seigneur, p. 135.). Le Berger avait affirmé sa liberté entière devant la mort : "J'ai le pouvoir de me dessaisir {de ma vie} et j'ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père (Jn 10, 18). Le Père ne laisse jamais seul Celui qui'il a envoyé (Jn 8, 16 et 29 ; 10, 30 ; 16, 32) et qui n'a d'autre désir que d'accomplir sa volonté : "Tu ne laisseras pas ton saint connaître la corruption" (Ps 15, 10). Dans son silence plein d'espérance, Marie est la demeure vivante de la Parole. Dans sa prière, Marie a médité les évènements et les paroles de la vie de Jésus (Lc 2, 19.51). Elle les a "rassemblés" en en cherchant le sens. La tentation humaine est non seulement d'analyser mais de diviser, non seulement de distinguer mais d'opposer. La violence est ce qui disloque et aboutit à l'absurde. Marie redonne sens à la Passion de Jésus, paroxysme de la destruction et de la ténèbre, en y reconnaissant le passage de son Fils près du Père, la révélation de la miséricorde de Dieu pour le monde en réponse à l'obéissance du Fils. Au fil des heures du Samedi saint, au fur et à mesure que sa parole  se redonne à sa mère, Jésus la visite spirituellement pour conforter son âme et l'illuminer.

Dans l'acte de sa mort, comme offrande volontaire de sa vie, Jésus a accompli l'oeuvre du salut (Jn 19, 30). En remettant au Père son Esprit (cf. Lc 23, 46), il est envahi par l'Esprit du Père qui lui communique la vie divine : "{...} mis à mort selon la chair, {il est} rendu à la vie par l'Esprit" (1 P 3, 18). Alors que son corps repose encore au sépulcre, Jésus, en son âme vivifiée par l'Esprit, est déjà le Sauveur de ceux dont il partage la condition, tous les morts qui attendent le salut de Dieu.

 

Le salut de Dieu

Jésus commence de réaliser sa promesse : "L'heure vient, et elle est déjà là, où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu" (Jn 5, 25). C'est dans  l'Esprit qu'il vient prêche la Bonne Nouvelle aux "esprits en prison" (1 P 3, 19). Les âmes des jutes de la première Alliance étaient dans un état d'attente et d'espérance avant de pouvoir être introduites dans l'intimité du Père. Plus largement, c'est aujourd'hui encotre notre condition, à nous tous qui espérons recevoir en plénitude les fruits de la résurrection du Sauveur. La prédilection par jésus de la joyeuse nouvelle de la délivrance au séjour des morts est "l'accomplissement jusqu'à la plénitude du message évangélique du salut" (Jean-Paul II, Catéchèse du 11 janvier 1989, DC 1989, n° 1979, p. 224, et CEC, n° 634.).

 

Dans la nuit de la foi

Le lieu spirituel des purifications de l'espérance est le Coeur douloureux et immaculé de Marie dans ses dispositions du Samedi saint. Elle accueille en elle toute l'Eglise et l'humanité tout entière. Plus que tout, marie est la Mère de la crainte de Dieu et de la "sainte espérance" (SI 24, 18). Dans la nuit de la foi, en communion avec le repose de Jésus en son sépulcre, Marie nous fait pressentir que le silence ne trahit pas le vide, mais qu'il enveloppe la présence de Dieu. En s'approfondissant, le mystère du Samedi saint est le passage dans le sein de Marie vers le sein du Père. Au jour du Samedi saint, Marie représente du fond d'elle-même l'attente du don du Père, au-delà de toute espérance. Ayant tout perdu en son Fils unique, elle est de nouveau mise en présence de la toute-puissance du Père qui est toute fidèle, toute bénignité. Dans une ligne toute maternelle, l'espérance de Marie est la confiance simple dans le Père qui aime à donner et redonner sa vie à ce qui est le plus petit, le plus démuni, le plus menacé. Il s'agit ici de savoir tout attendre du Dieu fidèle qui est l'ami des hommes, le Dieu de la vie. Le Samedi saint s'offre comme le lieu d'accueil pour tous les hommes qui attendent le salut de Dieu sans recevoir encore la lumière de la résurrection du Christ. Pour chaque fidèle baptisé, le Samedi saint est et reste le lieu discret de la purification qui conduit à la naissance plénière et à la vie filiale en Dieu.

 

Au terme du cheminement silencieux

Au terme du cheminement silencieux et tout intérieur du Samedi saint, Marie, dont la foi est toujours restée entière, laisse monter du fond de son coeur la joie de l'espérance. Comme le dit l'hymne pascale de Tamié :

"Quelqu'un près de la croix n'a pas douté ;

La Femme, jusqu'au jour, a porté seule

L'espoir du monde.

Sa foi devance l'heure

Et sait déjà :

Christ est ressuscité !

Mais c'est en secret,

Et Dieu seul connaît

La joie

Dont trésaille Marie"

(Hymne CFC, "Ô nuit de qeul éclat tu resplendis").

 

Avant même de recevoir sa première visite au matin de Pâques, au coeur de la nuit qui précède l'aube pascale, marie croit que son Fils est vivant.

 

II. Vivre le Samedi saint

L'espérance nous fait vivre. Comme Nicodème, nous sommes tous aujourd'hui encore en attente de la grâce de la nouvelle naissance. Certes, la foi est déjà la victoire qui nous donne part à la résurrection de Jésus (1 JN 5, 4-5). Un jour après l'autre, l'expérience de notre faiblesse nous fait néanmoins désirer que l'Esprit du Ressuscité nous libère de toute crainte.

"Il s'agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir senblables à lui dans sa mort, afin de parvenir, s'il est possible, à la résurrection d'entre les morts" (Ph 3, 10-11).

Le Samedi saint est aujourd'hui le lieu spirituel où la Vierge Marie nous attend pour nus introduire plus avant dans le mystère de la sainte espérance. Ce jour mystérieux de repos et de recueillement est la traversée de la nuit de l'espérance. Bien au-delà de nos mots et images, c'est Marie elle-même qui forme la nuit de notre espérance. Communier à l'état spirituel de la Vierge le Samedi saint, c'est notre vie chrétienne d'aujourd'hui comme l'attente de la consommation du salut promis, avec notre besoin d'être purifiés et guéris.

La vie de la sainte espérance est le fruit que Marie dans sa sollicitude maternelle veut nous faire désirer et goûter :

"Moi, je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. Moi qui demeure toujours, je suis donnée à tous mes enfants, ceux qui sont choisis par lui " (Si 24, 18).

Il y a partie liée entre la maternité et l'espérance, et cela vaut pour toutes les composantes de la maternité en toutes ses formes et réalisations. La mère connaît son enfant avant de le voir, l'ayant mis au monde. Elle sait que la promesse de la vie exède sans proportion les signes ténus qui donnent lieu à investigation. La femme est celle qui sait le prix du temps :  l'attente n'est pas du temps perdu, mais la germation enfouie de la vie. Elle sait aussi que l'obscurité de la nuit peut contenir et envelopper une présence, là où d'autrez auraient peur du vide et de la perte.

Le dernier mot de la pédagogie de Marie n'est pas de nous introduire dans la nuit de la foi, mais de se faire elle-même pour nous la nuit de l'espérance. Y a-t-il là une différence ? C'est l'expérience du contact avec une présence. Au moment où Marie nous enlève avec douceur et netteté tous nos appuis humains, Dieu voulant, elle fait ensorte, sans du tout donner le sentiment de sa proximité, d'orienter notre coeur profond vers le Père qui est le rocher à toute épreuvee paix. Pour le dire de façon plus directe, Marie s'efface d'elle-même de notre champ, en sorte que nous nous retrouvions, sans savoir comment, remis aux mains du Père qui est la sûreté même : "Nul n'a le pouvoir d'arracher quelque chose de la main du Père " (Jn 10, 29). Cette confiance éperdue anime Jésus, le bon berger, prêt à se déssaisir de sa vie pour ses brebis.

C'est au terme de l'épreuve du Samedi saint que Marie est pour nous la mère de la sainte espérance, parce qu'elle apu valider dans l'épreuve sa conviction que jésus, en donnant sa vie, a conduit avec puissance et douceur les brebis vers le Père. or ce qui a conforté l'espérance de Marie au creuset de l'obscurité et de la souffrance éprouvée, c'est d'accueilir en elle, dans la fidélité toute pure de son coeur, la présence de Jésus endormi dans le sommeil de la mort, et en même temps déjà vivifié par l'Esprit. C'est en se faisant mystiquement le lieu du repos de Jésus au terme du combat du Règne, que Marie laisse triompher en elle la joie de l'esprance. Pour préparer le don de la nouvelle naissance pascale par la puissance du Père dans l'Esprit, Marie reçoit de nouveau Jésus endormi en son sein, c'est-à-dire ici dans le foyer de son attente du don de Dieu. Et c'est ainsi que, pour nous aussi aujourd'hui, cet aujourd'hui de toutes nos morts humaines, Marie nous cache en son sein pour nous permettre de mieux discerner et accueillir les motions du Père, Dieu de la vie, dans l'Esprit...

 

Commenter cet article

Elisabeth 03/04/2015 23:00

Un grand merci pour ce partage!
Dans l'attente de la Résurrection...!